24 nov. 2008

Etranges lectures: avec Rodrigo Rey Rosa à Périgueux

Dans le cadre d’Etranges lectures à Périgueux, on a passé une soirée exceptionelle à la Bibliotèque municipale lunedi dernier. Voilà l’emission radio qu’ils ont fait. Si vous voulez entendre l’interprétation de Syncopes (par Alain Calandreau et Sébastien Fouillat) il faut aller jusqu’au numéro 3175.

Escucha aquí: entrevista en francés a Rodrigo Rey Rosa y Alan Mills, semblanza de François Augierás a cargo de RRR.

Y premier de ncopes en francés, a cargo de Alain Calandreau, audio a la altura del número: 3175.

¡¡¡Para escuchar también puedes hacer clic aquí!!!

Conducen: Jean-Louis Glenisson y Bernard Coste.

Syncopes, fragment (traduit de l'espagnol par Alba-Marina Escalón):

6 : 04 p.m. :

je connais un autre village, où les enfants rient à la tombée du soir, ils sont bien morts mais riant aux éclats, ils s’amusent avec les chiens qu’ils n’ont jamais eus, ils se sont couverts d’un drap de terre qu’ils savent s’enlever pour faire voler leur cerfs-volants célestes, là-bas, les mutilées de juárez et du guatemala font office de nourrices, elles ne reconnaissaient pas non plus cet inframonde où les petits riront tous les matins qui manquent, oui, ils ont déjà sympathisé avec des gamins violés de bassora et s’éclipsent dans des jeux inouïs, sabino raconte qu’on a dépecé à coups de baïonnette les fœtus de ses cousines, sabino se cachait sous les cadavres, et ensuite, il marchait jusqu’au chiapas pour échapper aux kaibiles1 qui voulaient le gonfler d’Amour à bloc, ce chaos transporte les diamants qui régissent notre insomnie, je connais ce village, c’est là qu’ils ont organisé la Grande Fête où nous voulons tous aller, enclave d’ombres dont une fièvre de glace a effacé la face, aujourd’hui ce n’est plus qu’une énorme blessure, des vapeurs, et on connaît déjà les différentes manières d’écouter le Cœur du Ciel ou de ne pas le faire, oui, c’est la décharnée qui a volé ces vers qui décoraient la place, oui, seul le bruit serait capable d’interpréter aisément la quantité de silence secrété par un hameau fantôme, voilà pourquoi le rire candide des enfants au crépuscule, voilà pourquoi ils jouent dans la fange et ne voient pas leur sang, et cela va durer, notre destin est manifeste, c’est le Cœur du Ciel qui le dit en pleurant

(syncope ii

ces haut-parleurs l’étourdissaient, avec leurs préceptes évangéliques à tous les coins de rue : le pire c’est qu’à la longue, il s’est habitué : l’abîme perfore notre acuité de la même façon, oui, il voyait à peine les visages de ces petits souffrants, il les sentit si égaux à eux-mêmes, si répétitifs dans la douleur de leurs pères, qu’il comprit pourquoi ses coups de poings ne lui faisaient pas mal, il sourit intérieurement, revivant le souvenir de cette ardeur aigre-douce à laquelle il regoûterait quelques années plus tard, grâce au colostrum de certaines nuits torrides passées avec la mère d’un tel)

là je te sens

Photos: Philippe Andrieux.