14 nov. 2008

SYNCOPES !


(Fragment)
Traduit de l'espagnol par Alba-Marina Escalón

6 : 00 p.m. :

la souillure m’envahit, quiconque dirait que cette nuit je ne fleurirai pas, toute fébrilité pénètre par un halo de lumière indécise, telle une musique obscure et génétique, ma situation actuelle ne me permet pas d’être ému, j’irai sans frein jusqu’au fond, pourquoi ne voudrais-je pas de ce soulagement embrouillé que je suis dans cette dyslalie, j’exige un langage, cette tension est la seule chose qui s’adoucit à mesure du voyage, aïe, distance, tu ne vas pas diriger mon étrange nervure, certains soucis se dissolvent à peine, on précipite l’échange ou le nomadisme des corps, je ne fuis plus ce peuple mais son époque, ces siècles si enclins au crime, j’y inclus les tartuffes et les enfants mangeurs d’enfants, combien d’alcool doit accompagner cet enlisement, combien de grâce perdue dans les escarmouches consanguines, un jour viendra où l’on s’enflammera la tête comme de maudites allumettes, le feu se mettant à calciner toute supplique évanescente qui ne soit pas une blague pour le puissant affligé, aïe, notre histoire ne mène à rien, la rue est jonchée de centaines de corps ayant des marques de morsure entre les jambes, les patrons aspergent de sperme les belles-filles de leurs domestiques, leur recousent un sentier chatoyant de la vulve à l’anus, aïe, il y a quelques jours on a retrouvé dans la poubelle un fœtus incubant des larves et certains assurent que c’était le Rédempteur et que les mouches naissantes notre Saint-Esprit, oui, la page est blanche et noir est le désir, brûlons ce fauteuil, au bûcher les livres, oui, friche ou pas je m’en fiche, comme de ta petite symphonie du nouveau monde, au diable les pasteurs pâques est finie, ici ça sent la débauche mâtinée de famine, à peine verrons-nous de hâves escarbilles, qui donc fera quelque chose de digne, quelque chose pour buter les assassins des côtes, aïe, ça ne sert à rien, je survis grâce aux emprunts et je vois les lumières qui jadis éblouissaient mon rêve, je ne reconnais toujours pas la voix hostile car je la reçois du fond de sa dislocation intime, au point où on en est, tout pourrait se résoudre par un duel magnifique, comme à l’époque, et nous tuer très doucement, a) avec tes mots

on m’a violé mais y’en a pas un qui me croira, moi la pauvre pute, ils me chopent, ils font la bringue sur moi, ils prennent leur pied, ils s’éclatent à éteindre leur petites clopes sur ma carcasse, sérieux je me suis toujours sentie trop moche, de la vraie merde, et maintenant ces connards qui viennent me dire : écoute poupée, sois tranquille, parce que les femmes c'est juste bon à se faire baiser, quel culot putain, j’en ai bavé et pourtant je me souviens à peine de ce qu’ils disaient, tout le reste est dans le noir, putain que ça fait mal là où je pense, comme ça marrache là dedans, moi je vais leur dire si je suis en cloque, salauds, et que ce gosse je l’appellerai carlos julián parce que c’est les seuls noms dont je me souviens : défonce-la julián, passe-la moi carlos, éclate-la, c’est ton tour julián, oui, juste deux noms, mais je sais qu’il a au moins cinq pères, peut-être six, six enculés de flics, aïe, putain de sale nuit, si je les vois je les tue, je jure que je ne laisserai personne t’appeler fils de pute, non mon fils, non mon carlos julián

(syncope i

non, je ne veux pas qu’un seul de mes frères clamse sans jouir, non, du reste je ne m’en occupe pas : leur apaisement laisse à peine la place à cette idée : les poissons bleus ne demandent jamais la permission de scintiller sous nos cuisantes steppes, aujourd’hui c’est le jour des morts, d’où le ton, si je pense au plaisir je pense à Ville lumière, même si elle n’est plus ce qu’elle n’a jamais été, à présent la mode pimpante et sa gaieté sont élimées, il y a ceux qui parlent perchés sur d’illustres podiums ou qui lèvent leur verre à l’éloignement de leur pays, mais à quoi bon agoniser dans ce musée comme le petit d’un chien disséqué, ou des morceaux sculptés illuminant un couturier, ou le vide flagellant que façonne gonzález, si l’on perçoit à peine les artistes se noyant dans des lunettes grotesques, ou les immigrées qui plus tard papillonneront dans les grabats de la cité universitaire)

ici on souffre mais on s’éclate


Image: http://www.santemagazine.fr


Lecture au Lycée Honoré-de-Balzac